...
...

jeudi 23 juin 2011

L'Histoire d'Olaf Jansen

Début du voyage
parmi les icebergs.
Dessin de J.A. Williams
pour l'édition de 1908.
Le 3 avril 1829,deux hommes, Jens et son fils Olaf Jansen, quittent Stockholm pour aller pêcher. Ils prirent la direction du nord, longèrent les côtes des îles de Gotland et d’Oeland et continuèrent en passant par le détroit qui sépare la Suède et le Danemark. Les étapes se succédèrent, Kristiansand sur les côtes de la Norvège, les îles Lofoten, Hammerfest et finalement, le 23 juin, Wijade Bay où ils s'arrêtèrent quelques jours pour pêcher parmi les icebergs.

Une eau fortement agitée
fit tanguer le bateau trois
heures durant".
Dessin de J.A. Williams
pour l'édition de 1908
Ensuite, ils reprirent le voyage en direction des côtes de Franz Joseph qu'ils longèrent durant plusieurs jours. Alors, survint un vent glacé favorable qui les dirigea plus à l'Ouest. Après 24 heures de navigation, alors qu'ils envisagaient de rebrousser chemin, ils furent face à l'incroyable : une terre verdoyante, le vent ne soufflait plus et l'air était tempéré et calme. Ils pêchèrent sur place quelques jours et prirent la décision de continuer leur chemin sans savoir qu'ils iraient de surprises en surprises. En poursuivant leur route, les deux voyageurs se rendirent compte qu'ils voyageaient dans une eau calme, sans iceberg… Plus loin, ils rencontrèrent une inquiétante brume accompagnée d'une eau fortement agitée qui fit tanguer le bateau trois heures durant. Ensuite, quand le temps redevint plus clément, ils remarquèrent qu'ils avaient perdu un tiers des provisions ainsi que leur eau potable. Pendant qu'ils vérifiaient l'état avant du petit bateau, devant eux, à l'horizon apparut, un deuxième soleil. Son emplacement les surprit beaucoup et ils pensèrent à un mirage qui allait se dissiper d'ici peu. A leur stupéfaction, il n'en fut rien et au contraire, plus ils avançaient au fil des jours, plus le soleil montait à l'horizon.
Olaf devant le "Smoking God".
Dessin de J.A. Williams
pour l'édition de 1908.

Il se révéla d'un aspect rouge et cuivré avec, par moment, des nuances pâles et brumeuses. Par la suite, les deux pêcheurs baptisèrent cet astre "le Dieu Brumeux" (the smoking God). Olaf et Jens pensaient depuis longtemps avoir dépassé le Pôle Nord, mais leur boussole continuait à pointer droit devant.
Alors qu'ils continuaient à avancer, Olaf mit sa main dans l'eau et fut surpris de constater que c'était de l'eau douce. Très croyant aux Dieux de ses ancêtres, et sans doute pour expliquer ce qu'il ne comprenait pas, il pensa tout de suite à un don d'Odin et de Thor. Le temps et les jours passaient et inexorablement l'étrange soleil montait de plus en plus haut dans le ciel alors que le second soleil (le vrai) se retirait derrière eux au sud-est. C'est aux alentours du début du mois d'août que "le Dieu Brumeux" fut définitivement à son zénith, aux yeux des deux voyageurs. Peu de temps après, ils accostèrent sur une terre verdoyante pleine d'arbres et de végétation. Jens remercia Odin. Ils explorèrent les lieux quelques jours et trouvèrent des arbres de très grande taille, des rivières, des lacs. C'est dans cette ambiance subtropicale et démesurée qu'Olaf se souvint d’avoir calculé avec son père que lorsqu'ils mirent pied sur cette terre inconnue, cela faisait pratiquement cinq mois qu'ils avaient quitté Stockholm.
Mais leur exploration fut interrompue par l'arrivée d'une étrange embarcation occupée par des hommes de grande taille qui les invitèrent à les suivre. Ensuite, ils arrivèrent dans une cité du nom de Jehu où nos deux voyageurs furent cordialement invités à résider. Olaf précisa que l'activité première de ces "géants" était l'agriculture. Leurs très belles constructions (temples et habitations), étaient ornées d’or. La végétation était luxuriante et abondante et des fruits de tous genres poussaient un peu partout en parfumant l'atmosphère d'une odeur délicate. Tout était à la taille des habitants et les grains de raisin étaient aussi gros q'une pomme. Olaf et son père vécurent une année entière à Jehu. Aidés des gens chez qui ils logeaient et qui étaient d'une extrême bonté, ils apprirent la langue des hommes du dessous qui, selon Olaf, ressemble beaucoup au sanskrit. Ensuite, ils eurent la possibilité de quitter Jehu et de se rendre à la cité d'Eden pour rencontrer le Haut Souverain du Monde Souterrain. Ils se rendirent donc à Eden, transportés dans un appareil très rapide et silencieux encastré sur un monorail. Le voyage fut rapide et confortable. La citée d'Eden, selon les dires d'Olaf, était localisée dans une magnifique vallée qui surplombait tout le pays. La citée était entourée d'un gigantesque jardin dans lequel quatre rivières prenaient leur source dans une fontaine artésienne. Toujours selon Olaf, les quatre rivières portaient les noms suivants : l'Euphrates, le Pison, Le Gihon et l'Hiddekel. Olaf précisa également que les habitants du Monde Souterrain nommaient cet endroit "le nombril du monde".
Jens, Olaf et le
Haut Souverain d'Eden.
Dessin de J.A. Williams
pour l'édition de 1908.

Ils eurent donc le privilège de discuter avec le Haut Souverain dans son palais. Les deux étrangers lui demandèrent l'autorisation de visiter les alentours et d'envisager ensuite leur retour à la surface, ce qui leur fut accordé. C'est ainsi que Jens et son fils Olaf parcoururent de nombreuses contrées (où ils firent la rencontre d'un éléphant de très grande taille) et cités comme Nigi, Delft, Hectea… Ces visites leur apprirent davantage de choses sur les habitants du dessous comme le fait qu'ils vivaient entre 600 et 800 ans, que leurs cités étaient pourvues de palais entièrement dédiés à la musique, où des cœurs d'au moins 250 personnes créaient de sublimes symphonies. Leurs principales vocations étaient l'agriculture, mais aussi l'horticulture et l'architecture. Notons également le fait que les intra-terrestres pouvaient communiquer entre eux par "les airs" (transmission de pensée), chose que n'arriva pas à s'expliquer Olaf. Le temps arriva où les deux voyageurs voulurent regagner le monde du dessus, Jens avait tout de même laissé sa femme en haut et cela faisait pratiquement deux ans et demi qu'ils avaient quitté Stockholm. Les deux voyageurs récupérèrent leur embarcation, la remplirent de provisions et firent leurs adieux à leurs amis en leur promettant de revenir d'ici un an ou deux.
Alors qu'ils s'apprêtaient à faire le voyage inverse, le père d'Olaf fit la remarque qu'a cette époque de l'année il devait faire nuit dans le Nord et qu'il serait préférable de ressortir par le pôle sud. Ils optèrent donc pour cette solution en prenant le même fleuve par lequel ils étaient arrivés à l'époque. Toujours d'après Olaf, c'est vers le mois de novembre ou décembre 1831 qu'ils quittèrent la douce chaleur du "Dieu Brumeux". Peu après, ils commencèrent à apercevoir le soleil à l'extrémité de l'ouverture du pôle sud. Comme pour l'aller, ils essuyèrent une sorte de petite tempête qu'ils ne purent expliquer que par la confrontation de l'air chaud du Monde du dessous et l'air polaire. Pendant deux semaines ils naviguèrent parmi les icebergs. Alors qu'ils pensaient avoir affronté le plus difficile, leur bateau rencontra un iceberg et vola en éclat. Olaf, à demi inconscient fut projeté sur la glace. Lorsqu'il se réveilla, avec absolument aucune notion du temps qui s'était écoulé depuis l'accident, il chercha désespérément une trace de son père et du bateau. Il fit le tour de l'iceberg et scruta l'océan, en vain.
Olaf face au Arlington.
Dessin de J.A. Williams
pour l'édition de 1908.



Désespéré, il fit les cent pas, effrayé à l'idée de mourir frigorifié, sans eau et aucune nourriture. Les heures passèrent… et finalement, comme par un coup heureux du destin, un bateau de pêche écossais, le Arlington, repéra les mouvements d'Olaf sur la glace. Lorsque l'heureux rescapé raconta brièvement son histoire, le commandant le fit enfermer sous la surveillance du médecin de bord.
De retour à Stockholm plusieurs mois après, Olaf apprit que sa mère avait rendu l'âme un an auparavant. Il se confia alors à son unique parent vivant pour le persuader de financer une expédition afin de retourner en bas. Son oncle Gustaf Osterlind fit semblant de s'intéresser et s'arrangea pour faire signer une pétition pour enfermer son neveu. Olaf fut interné pendant 28 longues années !!… A sa sortie, en octobre 1862, alors que son oncle était décédé depuis longtemps, Olaf se retrouva seul et sans ami. Il travailla comme pêcheur pendant les 27 années suivantes, en prenant bien soin de ne parler de son histoire à personne. Finalement, en 1889, Olaf, âgé de près de soixante-dix ans, vendit son bateau et quitta le pays pour se rendre en Amérique du Nord. Il vécut 12 ans en Illinois avant de déménager à Los Angeles, le 4 mars 1901. Là, il fit la connaissance de son voisin Willis George Emerson, un nouvelliste et sa femme. Ils devinrent de bons amis et, petit à petit, Olaf prit le risque de lui raconter son incroyable odyssée en lui montrant ses notes et ses cartes. Ce qui surprit beaucoup Emerson, hormis l'histoire en elle-même, ce fut son désir intense de lui faire partager sa conviction en indiquant sans cesse que tout le monde devait absolument connaître la vérité. La simplicité et sincérité d'Olaf poussa Emerson à transmettre à son éditeur Forbes & Compagny, sans trop y croire, le texte intégral de Jansen qui fut imprimé sous le nom de "The Smoky God; or, a Voyage to the Inner World".
Le livre fut publié durant l'été 1908, et ironie du sort, Olaf Jansen décéda quelques semaines auparavant. Il ne connut pas les violentes critiques que subit son livre. Mais, malgré tout, Olaf entra dans l'histoire de la Terre Creuse, par la grande porte. "The Smoky God", suscita un vif intérêt auprès de personnes qui se spécialisèrent dans des recherches poussées sur le sujet. De même, par la suite, les récits de nombreux explorateurs confirmeront certaines descriptions faites par Olaf. En 1966, un article, publié dans le Fate Magazine, démolira le récit d'Olaf en précisant tout de même qu'à l'époque de la publication de "The Smoky God", le gouvernement américain se procura deux exemplaires du livre.

Source: http://www.antonparks.com/main.php?page=mondes_creux